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Suivi de la migration postnuptiale des oiseaux au Col de la Bataille 2019-2020

Voici une présentation succincte des résultats des comptages pour les années 2019 et 2020 au Col de la Bataille. La période de comptage entre 2012 et 2018 est moins significative au vu du faible nombre de jours de présence sur site (hormis 2014). Les observations détaillées sont disponibles sur le site migraction.net pour 2019 et 2020.

En 2019, 550 090 oiseaux ont été dénombrés et 99 espèces ont été contactées au cours de ce suivi, qui représente 34 jours de présence pour un total de 178h.

En 2020, 330 755 oiseaux ont été dénombrés et 88 espèces ont été contactées au cours de ce suivi, qui représente 26 jours de présence pour un total de 135h.

La diversité d’espèces pour ces deux années du suivi est de 92 pour un total, depuis neuf ans, de 115 espèces migratrices (tableau du recensement complet au bas de cette page).

 

 

Retour sur quelques espèces

Le Col de la bataille est un lieu d’importance pour la migration de certaines espèces d’oiseaux dont les hirondelles, et les espèces forestières et de montagnes. Ces effectifs vont de quelques centaines à plusieurs milliers.

Les hirondelles

Sur le site, quatre espèces d’hirondelles sont notées. Les plus abondantes d’entre elles sont l’Hirondelle de fenêtre puis l’Hirondelle rustique. Chaque année, ce sont des dizaines de milliers d’individus qui transitent par le col, faisant de ce site une référence au niveau national pour ces espèces.

Septembre est le mois regroupant la plus forte concentration de ces espèces avec un pic de migration aux alentours du 21 septembre pour les hirondelles de fenêtre et rustiques, du 9 octobre pour l’Hirondelle de rochers et du 14 septembre pour l’Hirondelle de rivage.
Les principales difficultés du site résident dans le dénombrement et l’identification des différentes espèces. Ainsi, lors des grandes journées de passage, une priorisation est faite sur les flux les plus proches pour l’identification. Les journées de comptage s’arrêtant en début d’après-midi, il reste fort à parier que les flux sont tout aussi importants en fin de journée.

Les passereaux forestiers et de montagne

La localisation plutôt montagnarde du Col de La Bataille favorise le déplacement d’espèces peu observées sur d’autres sites de migration en France. C’est le cas des espèces de montagnes : Tichodrome échelette, Venturon montagnard, Accenteur alpin, Grand corbeau… Leur déplacement dépend essentiellement des conditions météorologiques en montagne ; ainsi, lors de chutes de neige précoces, il n’est pas rare d’observer des fuites d’Accenteur alpin plus bas en vallée. Le venturon et le tichodrome sont des espèces présentes assez quotidiennement sur le site d’observation, octobre restant la meilleure période pour les observer. Il n’est pas rare d’observer le Tichodrome échelette traversant le col par groupe maximal de 4 individus. Il est difficile de savoir si ce sont des oiseaux qui proviennent des massifs montagneux proches ou plus éloignés.

Les espèces forestières sont plus abondantes, comme la Mésange noire ou le Roitelet à triple bandeau, avec des effectifs record au niveau national. Ces passereaux migrent par cycle, c’est-à-dire que l’on note des années record tous les deux ou trois ans. Ce phénomène est essentiellement lié à la quantité de nourriture disponible pendant la période de nidification, indiquant un bon taux de reproduction sur les populations plus nordiques. Sur le site, l’observation de ces espèces dites « rampantes » est facilitée par la présence d’une hêtraie juste devant le spot. Les groupes de mésanges noires peuvent atteindre plus de deux-cents oiseaux.

Discussion

Depuis 2012, le suivi est entièrement réalisé par des bénévoles par météo favorable. En plus de dénombrer les migrateurs, les ornithologues sensibilisent plusieurs centaines de randonneurs. Ce suivi est aussi l’occasion de réunir tous types de naturalistes, expérimentés comme novices, et de faire naître des vocations chez certaines personnes.

Cette neuvième année de suivi permet de démontrer que le Col de la Bataille est un site d’observation majeur pour la migration, notamment de quelques espèces de passereaux spécifiques au site (hirondelles, passereaux de montagnes et forestiers). Du fait de sa localisation très montagnarde, le site est soumis à des conditions météo ne permettant pas de réaliser un suivi quotidien. Néanmoins, au regard des effectifs importants d’hirondelles rustiques et de fenêtre qui y migrent, une attention particulière doit y être donnée.

Par ailleurs, nous rappelons que l’étude des oiseaux migrateurs, la dynamique de leurs populations et leurs éventuels changements de comportement vis-à-vis du changement climatique en cours est un travail sur le long terme. Il est envisagé pour les années à venir de mener un suivi  salarié afin de pouvoir obtenir des données homogènes et ainsi pouvoir d’ici quelques années utiliser l’ensemble des données récoltées pour permettre de tirer des tendances d’évolution.

Conclusion

Les années 2019-2020 ont été les huitième et neuvième années d’observation des oiseaux migrateurs depuis le Col de la Bataille.
L’investissement bénévole des membres de la LPO (Drôme puis AuRA Drôme-Ardèche) ainsi que du public, nombreux tout au long de la période, mettent toutefois en valeur les intérêts multiples du site :

  • – amélioration des connaissances de l’avifaune migratrice post-nuptiale sur le massif du Vercors mais aussi au niveau des connaissances nationales, et surtout sur les espèces montagnardes qui ne sont peu ou pas détectées ailleurs, ce qui est très intéressant au regard des bouleversements d’hivernage et des invasions en lien avec le réchauffement climatique ;
    – formation des bénévoles à l’identification et au comptage des oiseaux ;
    – information et sensibilisation auprès du grand public sur le patrimoine naturel en général, et les oiseaux en particulier, notamment lors des journées européennes de la migration Eurobirdwatch ;
    – « vitrine » exceptionnelle des actions de la LPO locale et de ses partenaires pour la protection de la nature.

Nous tenons à remercier les nombreux bénévoles qui ont épaulé Rémi Metais pendant ce suivi. Remerciement particuliers à J.-C.Cordara, B. Delhome, V. Robert et T. Deana, qui ont usé de leurs jumelles pour l’aider à braver la météo…